Sur le chemin du retour

2 novembre 2013

Initiatives, Témoignages

– Pierre Boquié –

En_voitureAu volant de ma petite auto, je roule à vive allure, sous la pluie. Je suis sur le chemin du retour. Ma fille est assise à côté de moi. Tout à l’heure nous n’étions pas pressés de partir, mais maintenant nous sommes pressés de rentrer…
Parfois nous échangeons quelques mots, mais la plupart du temps nos esprits sont ailleurs, dans le souvenir du week-end mémorable que nous venons de vivre.
D’un geste, j’enclenche le lecteur de CD. Je suis obligé de faire un effort de mémoire pour retrouver le titre de cet album. Je ne l’avais pas écouté depuis un moment et c’est un bon choix de ma fille.
Il me revient enfin et je souris intérieurement : « C’était ici », un album en public de Yann Tiersen.
Alors, de fil en aiguille, une image vient s’en faire l’écho : ce matin même, lorsque je pousse la porte de la salle des fêtes du petit village de Menetou-Salon. La vaste pièce vide est plongée dans la pénombre. De pâles rayons de lumière filtrent à travers les vitres, révélant un sol jonché de vestiges des festivités de la veille : papiers froissés, moutons de poussière… Derrière le bar, un employé municipal s’affaire à je ne sais quelle tâche. « C’est fait ! », me lance-t-il avant de s’en aller, croyant sans doute que je suis de la maison. Sur le comptoir traînent encore des cartons de matériel qui n’ont pas encore été chargés dans les voitures. J’entends, venant du sous-sol, les bruits étouffés des bénévoles en train de nettoyer les cuisines qui ont servi à confectionner plusieurs centaines de repas durant tout le week-end.
« C’était ici, me dis-je. Et pourtant, plus rien n’y parait. » L’endroit semble mort, désert, abandonné. Les images de la veille qui me reviennent en mémoire contrastent fortement avec le spectacle que j’ai maintenant sous les yeux. Je vois défiler la foule bigarrée des personnes que j’ai croisées durant cet étonnant week-end dédié à la paix et à la solidarité : des femmes et des hommes, jeunes ou moins jeunes, venus des environs pour la plupart, ou de l’autre bout de la France pour quelques-uns. Je me remémore leurs rires, leurs sourires, les étincelles dans leurs regards, cette magie de l’instant à laquelle nous étions conviés et qui en a surpris plus d’un. En l’espace de deux jours, une petite communauté est née autour d’une même flamme, d’un même désir : la paix. La paix dans le cœur des hommes, la paix comme moteur de l’action pour un monde meilleur.
Alors le débat n’est sûrement pas tranché sur ce qu’il est nécessaire d’accomplir en priorité. Mais une chose est claire, notamment pour ceux qui sont venus présenter leurs actions : n’attendons pas que cela vienne d’en haut, d’à côté ou d’ailleurs. Faisons-le !
« C’était donc ici… le Premier Forum de la Paix et de la Solidarité de Menetou-Salon », comme l’a rappelé avec un peu d’emphase le maire de la commune venu clore la manifestation. Je revois à nouveau cette salle vide, cet endroit redevenu anonyme et un léger sentiment de nostalgie m’envahit. La musique de Tiersen y est sans doute pour quelque chose…
Le bal des anciens, la foire aux vins ou le vide grenier, c’est certainement très sympathique, mais là il s’est produit quelque chose de différent. Un souffle est passé, une présence s’est invité à la fête et a bousculé les codes. Il y avait du liant. Il y avait du sens. Quelque chose de rare et de précieux qui ne se produit que dans les grandes occasions. Lorsque tous les ingrédients sont réunis, selon une alchimie mystérieuse que je serais bien en peine de décrire.
Mais il y a des témoins ! Et pas qu’un peu ! Quelques centaines. Demandez-leur, ils vous le diront : à Menetou-Salon, ce week-end là, la paix, la joie, la fraternité, l’espoir… que sais-je encore… flottaient dans l’air comme un parfum inimitable.

Soudain, au volant de ma petite auto, je ressens de la gratitude. J’ai vraiment de la chance ! Je me tourne vers ma fille et lui adresse un sourire complice. Puis mes yeux se portent à nouveau sur l’asphalte et j’appuie doucement sur l’accélérateur : il est temps de rentrer à la maison. Aucun regret : cet ineffable sentiment, je l’emporte avec moi.

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