Le sens caché des mots

3 octobre 2012

Témoignages

– Pierre Boquié –

Les mots ont parfois un sens caché auquel nous ne faisons pas toujours suffisamment attention. Il y a, dans la langue française, cette expression qui en est un très bon exemple : « Je connais tout ça par cœur. »
En général, elle est utilisée lorsque nous entendons quelque chose que nous savons déjà. Mais il se peut que parfois notre interlocuteur veuille simplement nous rappeler ce à quoi nous pourrions accorder plus d’attention.
Pourquoi disons-nous connaître « par cœur » quelque chose qui est formulé par l’intellect ? Se pourrait-il que la vraie compréhension ne soit pas l’apanage de la pensée ? Une compréhension plus profonde – plus certaine que notre pensée parfois expérimentale, souvent balbutiante – existerait donc en nous ? Une compréhension qui ne passerait pas par le filtre de la réflexion ?
Par parenthèse, réfléchir, en voilà aussi un joli mot, qui en dit long. Au sens propre, synonyme de refléter. Une réflexion, un reflet, mais de quelle réalité plus tangible ?
J’ai trouvé que l’enseignement de Prem Rawat répond exactement à cela. « Je viens pointer du doigt ce qui est évident, mais qui est ignoré », se plait-il à nous rappeler régulièrement. Ignoré dans le sens de négligé, laissé de côté, considéré comme n’ayant que peu de valeur. « Je fais le tour de la terre pour rappeler au gens ce qu’ils savent déjà », plaisante-il même parfois à ce sujet.
Alors effectivement nous savons beaucoup de choses importantes « par cœur ». Mais leur accordons-nous l’importance qu’elles méritent ? Ne passons-nous pas un peu vite dessus, pour retourner à notre occupation favorite : réfléchir, raisonner, jauger, questionner, juger.
Une autre expression équivalente que j’aime bien : « Je connais ça sur le bout des doigts. » Nous savons tous que l’habileté des doigts est quelque chose qui se travaille. Et si le cœur était aussi une fonction, une dimension de l’individu qui devrait être travaillée, explorée, approfondie ? Nous pouvons d’ailleurs nous demander pourquoi n’avons-nous pas un mot spécifique pour désigner cet espace si particulier en nous, différent du muscle cardiaque qui lui fonctionne tout seul ?
Notre langage nous renseigne aussi parfois sur notre niveau de conscience.
Récemment, Maharaji disait : « Il existe deux formes de savoir qui, je pense, existeront toujours. La première c’est « Je dis et vous croyez ». La deuxième « Je dis et vous savez ». C’est à cette deuxième forme de savoir qu’il nous propose de nous exercer. Par la pratique de son enseignement, à l’écoute de son inspiration, réapprendre à savoir pour et par soi-même. En soi-même, sans intermédiaire. Réapprendre l’intelligence du cœur pour pouvoir dire « mon cœur sait » car alors la discussion s’arrête pour laisser place à une certitude.

Illustration de Jean-Luc du Verneuilh (Giel d’Haye)

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