Les quatre questions

29 août 2012

Témoignages

Photo : Marie Le Heran

– Josiane Chantôme –

Quand j’étais petite, j’adorais les contes de fées. C’était ma croyance, mon univers, là où je me sentais bien. C’était mon espoir en la vie. Ma propre existence me semblait fort peu intéressante, extrêmement banale. Ce qui me plaisait, c’était la fiction, quand les histoires finissent bien. Je ne vivais pas chez mes parents, mais chez mes grands-parents, dans un village du sud-ouest de la France et je ne comprenais rien au monde qui m’entourait. Il ne correspondait pas du tout à mes attentes.
On était au début des années 50, du noir et blanc dans mes souvenirs. Je ne comprenais pas pourquoi toutes les maisons étaient grises. J’imaginais des maisons de toutes les couleurs, bleu, jaune, vert, rouge ou rose, bref des couleurs… Avec beaucoup d’application et pas mal de persévérance, je changeais mentalement, presque tous les jours, le décor de la maison où nous vivions. La cuisine où nous passions beaucoup de temps se transformait alors en une superbe salle à manger de château ou de palais, comme dans les contes, avec de magnifiques candélabres… et tout le reste. Et moi, j’étais une princesse ou une fée, bien sûr.
Le soir, je pensais longtemps avant de m’endormir. Je ne comprenais pas pourquoi il y avait des enfants sans parents du tout, des orphelins dans des orphelinats. Je me suis longtemps promis qu’un jour quand je serai grande, j’adopterai un orphelin, j’en sortirai un de là !
Je ne comprenais pas non plus pourquoi, nous les enfants, devions nous lever presque tous les matins dans le froid, nous débarbouiller à l’eau froide, avant de courir à l’école pour apprendre des choses qui n’étaient pas toujours passionnantes. Cela me semblait profondément injuste.
Parfois aussi j’espérais que ma famille n’était pas ma famille, que mes vrais parents étaient un roi et une reine, et qu’on m’avait volée… Un jour, on allait venir me chercher et chez moi, dans mon vrai chez moi, tout serait très beau, lumineux, brillant, et tout le monde serait très gentil. L’impression d’appartenir à un autre monde, de venir d’ailleurs, mais d’où ?
En grandissant, j’ai continué à me poser toutes sortes de questions, et pour répondre à ces questions qui restaient souvent informulées, j’ai lu des livres, beaucoup de livres. Mais là non plus, je n’ai pas trouvé de réponse. Au cours de ces lectures, j’ai appris pas mal de choses sur la vie elle-même, disons sur les choses de la vie, mais pas sur l’essentiel, ce qui me tenait vraiment à cœur, le ou les secrets de la vie. On n’en parlait jamais, ça ne semblait intéresser personne.
Pourtant, durant mon enfance, j’avais parfois eu l’impression qu’on s’en approchait un peu, par exemple le samedi soir, quand le prêtre du village venait manger le pot au feu chez mes grands-parents, de fervents catholiques. Car là, il y avait parfois des conversations fort intéressantes pour moi, que j’écoutais de toutes mes oreilles. Les adultes parlaient un peu de tout, de la guerre encore proche, de la vie, de la mort, de Dieu, souvent de Jésus et d’autres choses que j’ai oubliées. Un jour, il a été question des Juifs, et j’ai juste demandé, parce que je sentais là quelque chose de bizarre et d’inexpliqué : « Pourquoi on n’aime pas les Juifs ? » Quelqu’un m’a répondu que c’est parce qu’ils avaient tué Jésus. Ça ne m’a pas du tout convaincue. Il n’y avait jamais de vraies réponses.
Pourtant un jour, j’ai bien cru avoir toutes les données en main. J’allais entrer en classe de philosophie, c’était juste avant la rentrée, ce jour-là je m’en souviens très bien, j’avais 16 ans. J’étais assise sur mon lit, dans ma chambre, j’ai feuilleté les trois manuels de philo de l’époque, il y en avait un qui s’appelait « Métaphysique ». Et il semblait enfin poser les bonnes questions : « D’où venons-nous ? », « Où allons-nous ? », « Qui sommes-nous ? », et puis « Pourquoi sommes-nous ici ? » ou plutôt « Quel est le sens de la vie ? »
J’ai eu un grand moment d’émotion. J’allais enfin savoir, connaître les réponses. J’ai senti à ce moment-là que ces quatre questions étaient les plus importantes, elles résumaient toutes les autres.
C’était sans doute les bonnes questions à se poser. Beaucoup d’érudits et de gens très bien y avaient réfléchi au cours des siècles, mais le résultat final, d’après ce que je comprenais, n’était pas brillant. Ils amenaient juste d’autres questions, encore et toujours des questions, une infinité de questions, plus une foule d’hypothèses. J’ai refermé les livres de philosophie pour toujours.
Alors j’ai mené ma vie comme je pouvais. Ce n’était pas facile et j’avais l’impression de tout rater, ce qui était vrai. À un moment, j’ai compris que si je ne trouvais pas ce que je cherchais, maintenant, tout de suite, ça allait devenir trop difficile. Il y avait comme un mur en verre devant moi et je ne voyais pas du tout comment passer de l’autre côté. J’étais prisonnière, sans savoir de quoi. C’était comme dans les contes de fées, mais à l’envers, rien ne se passait bien, tout allait de plus en plus mal, et cette fois c’était de ma propre vie qu’il s’agissait.
J’avais un peu plus de 25 ans et mon existence n’avait plus aucun sens. J’avais tout perdu et surtout l’espoir en quoi que ce soit, je ne voyais pas d’issue. Un cauchemar. Alors, retrouvant peut-être quelque chose de mon enfance, j’ai prié, j’ai prié Dieu d’abord, puis j’ai prié mes grands-parents qui étaient morts à ce moment-là, j’ai prié tout ce que je pouvais. Un jour, je suis même entrée dans une église faire brûler un cierge pour mon propre salut. Il fallait que je m’en sorte !
Quelques mois plus tard, j’ai rencontré des gens, des jeunes qui parlaient beaucoup d’un adolescent de 17 ans d’origine indienne, ils l’appelaient Maharaji. Au début, je ne comprenais pas du tout de quoi il s’agissait, mais au-delà des mots, il y avait quelque chose qui m’attirait, qui captait mon attention, me touchait. Et donc j’ai écouté. Et j’ai écouté de plus en plus.
Peu à peu, quelque chose s’est apaisé en moi. La tristesse et les peurs ont commencé à laisser la place à un sentiment que j’avais oublié, un certain bien-être, une sorte de paix.
Et puis un jour, alors que j’attendais pour traverser, je crois que c’était vers la place de la République — il n’y a pas eu d’arc-en-ciel, il ne s’est rien passé de spécial, mais juste à ce moment-là j’ai compris que j’avais trouvé ce que je cherchais.
L’impression de pouvoir déposer mes bagages, c’était ça. Tous mes bagages ! Mes peines, mes regrets, mes remords et j’en passe. Je n’oublierai jamais cet instant, je crois que c’est le plus beau jour de ma vie. Je pouvais poser mes valises, c’est l’impression que j’ai eue, devenir légère comme un oiseau, m’envoler. J’avais trouvé.

Lire trois témoignages sur le site « Homme de paix »

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2 Commentaires le “Les quatre questions”

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    Merci !

    Réponse

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