Fils du ciel

30 juillet 2012

Textes choisis

– Tchouang-tseu (IVe siècle av. J.-C.) –

Photo : Roland Bec

« Au commencement il y avait le néant, le néant n’avait pas de nom. De là se reproduisit l’un : il y eut l’un sans avoir de forme matérielle. Les êtres en naquirent : c’est ce qu’on appelle sa vertu. Dans ce qui n’avait pas de forme, il y eut une distribution d’où s’ensuivit un mouvement perpétuel qui a pour nom Destin. Au cours de ses transformations sont nés les êtres. A son achèvement, l’être créé possède un corps organisé. Ce corps préserve l’âme. L’âme et le corps sont soumis à leurs lois propres. C’est ce qu’on appelle la nature innée. Qui perfectionne sa nature fait retour à sa vertu originelle. Qui atteint à sa vertu primitive s’identifie avec l’origine de l’univers et par elle avec le vide. Le vide est grandeur. Il est pareil à l’oiseau qui chante spontanément et s’identifie avec l’univers. C’est lorsqu’il s’identifie parfaitement avec l’univers qu’il apparaît ignorant et obscur. Il atteint à la vertu profonde et s’abîme dans l’harmonie universelle. »

« Le sans-forme va vers la forme, puis la forme va vers le sans-forme : c’est ce que tout le monde sait, nul besoin d’effort pour arriver à s’en rendre compte ; tout le monde en discute, mais nul besoin de discussion pour y arriver : la discussion, au contraire, empêche d’y arriver. La vision claire ne peut rencontrer cela. La discussion est inférieure au silence. Le Tao ne peut être entendu ; mieux vaut se boucher les oreilles que de vouloir l’entendre. C’est là ce qu’on appelle la grande obtention. »

« Ma symphonie commence par la crainte qui vous a inspiré le malheur ; elle continue dans le relâchement qui a suggéré la docilité ; elle finit dans le bouleversement de l’âme entière qui vous a mis dans un état de stupidité. L’état de stupidité entraine l’expérience du Tao. Le Tao peut vous soutenir et vous accompagner partout et toujours. »

« Quand règne la vertu parfaite, on n’honore pas les sages, on n’emploie pas les hommes compétents. Le dirigeant domine comme les branches supérieures de l’arbre ; le peuple est libre comme le cerf dans la campagne. Chacun va son droit chemin sans connaître le sens du devoir ; les hommes s’aiment les uns les autres sans connaître l’idéal de l’amour humanitaire. Ils sont véridiques sans savoir ce qu’est la loyauté ; ils tiennent parole sans connaître la valeur de l’engagement. Ils s’entraident sans considérer qu’ils font des libéralités. C’est pourquoi leurs actes ne laissent pas de traces et pourquoi leur histoire n’est pas transmise à la postérité. »

« Les Anciens étaient dans une sorte d’état de confusion qui faisait partager avec toute leur époque la paix et le détachement. En ce temps-là l’Obscurité et la Lumière s’équilibraient harmonieusement, les mânes et les esprits ne troublaient personne ; les quatre saisons se succédaient régulièrement, les êtres ne cherchaient pas à se nuire ; personne ne mourait prématurément. Bien que doués d’intelligence, les hommes ne s’en servaient pas. C’était l’époque de l’unité parfaite ; personne n’agissait, tout se déroulait toujours naturellement. »

« Chez les Yue du sud se trouve une ville qui se dénomme la capitale de la vertu établie. Ses habitants sont ignorants et simples ; ils refrènent leur égoïsme et réduisent leurs désirs ; ils produisent mais ne thésaurisent pas ; ils donnent sans exiger qu’on leur rende ; ils ne connaissent ni ce qu’exigent les convenances, ni ce qu’imposent les rites. Ils agissent à tort et à travers mais leurs actes se basent sur les grandes lois naturelles. Ils fêtent les naissances et enterrent leurs morts. Seigneur, quittez votre pays, renoncez à vos habitudes et vivez selon le Tao. »

Extraits de « Œuvre complète », Tchouang-tseu, traduit du chinois par Liou Kia-hway, éditions Gallimard/Unesco, 1969.

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