Chant oublié

28 juin 2012

Textes choisis

– Milarépa (1040 – 1123) –

De votre point de vue, j’ai tout d’un paresseux,
Mais de mon point de vue je suis très occupé.
Dans l’étendue sans limites de l’incréé,
J’ai bâti la forteresse de la profonde concentration.
Je n’ai pas loisir d’élever d’autres châteaux de terre.

Photo : Roland Bec

Dans les plaines désertes de l’absolue réalité,
J’ai dompté le sol vierge des passions.
Je n’ai pas loisir de labourer la terre des ancêtres.

Aux frontières de l’indicible unité de tout,
J’ai asservi le démon de l’égocentrisme.
Je n’ai pas loisir de me battre contre des ennemis.

Dans le palace de l’esprit en sa nature,
J’ai pris pour femme la pratique spirituelle.
Je n’ai pas loisir de jouer les maîtres de maison.

En mon propre corps, mandala de l’éveillé,
J’ai comme un fils soigné la connaissance.
Je n’ai pas loisir de torcher la morve des enfants.

Dans le jardin en fleur de ma poitrine,
J’ai entassé les richesses de l’étude.
Je n’ai pas loisir d’amasser des trésors matériels.

Sur la montagne immuable du corps de vérité,
J’ai soigné la lucidité à l’égal d’un cheval sauvage.
Je n’ai pas loisir de garder des troupeaux.

Avec une glaise faite de chair et d’os,
J’ai pétri le reliquaire de l’expression spontanée.
Je n’ai pas loisir de frapper des figurines.

Dans le temple du vide et de la félicité indifférenciés,
Pour l’image de l’esprit en méditation,
J’ai présenté d’invariables cérémonies.
Je n’ai pas loisir d’offrir des présents matériels.

Sur un papier aussi pur que l’esprit originel,
J’ai formé les lettres du détachement.
Je n’ai pas loisir d’écrire de mots périssables.

Dans la coupe rituelle de la vacuité,
La totalité des poisons mentaux fut épuisée.
Je n’ai pas loisir d’agir vêtu de jaune.

Aux limites de l’amour et de la compassion,
J’ai protégé les créatures des six états d’existence.
Je n’ai pas loisir de chérir ma seule parenté.

En présence des Lamas, mes pères,
J’ai assumé la charge des instructions orales.
Je n’ai aucun loisir pour les comportements vulgaires.

Dans la solitude des ermitages de montagne,
J’ai pratiqué l’esprit de la bouddhéité.
Je n’ai aucun loisir pour le sommeil des brutes.

Ma bouche, cet orifice orné de coquillages,
A chanté la mélodie des instructions.
Je n’ai jamais le loisir de prononcer des paroles creuses.

Milarépa, Les cent mille chants, éditions Fayard.

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