Quand le voile se lève

29 avril 2012

Témoignages

– Patricia Franck-Damagnez –

J’avais treize ans quand j’ai pris conscience de ma myopie. Insidieusement, elle s’était installée, m’entourant d’un voile qui, petit à petit, m’avait éloignée de la réalité des choses. Cette découverte me laissa désarmée face à un monde qui m’échappait avant même d’avoir pu le découvrir. Mais le choc passé, j’ai fini par m’accommoder de mon état, y trouvant le confort feutré des angles adoucis, des distances incertaines, des couleurs attendries.
Pendant longtemps, je me suis dispensée de lunettes, préférant cette ouate confortable qui me donnait la douce impression d’être protégée d’un monde que je percevais de plus en plus cruel. Puis un jour, lassée tout de même par les désagréments de situations souvent hasardeuses, parfois cocasses, voire difficiles, j’ai consenti à porter des lunettes. La réalité m’est alors soudainement réapparue avec une précision douloureuse. Mais je pouvais m’y installer enfin, et espérer que ses couleurs et ses formes nouvellement acceptées m’apportent des sensations inédites et peut-être un bonheur vrai.
Hélas, les années passant, j’ai dû faire le constat amer qu’avec ou sans lunettes… je n’y voyais pas mieux dans ma vie.
Un soir que je traînais mon vague à l’âme et à l’œil, j’ai croisé le chemin d’une personne qui m’a parlé de la Connaissance et de son expérience personnelle. J’étais assise face à elle et au fur et à mesure que les mots sortaient de sa bouche, ils semblaient atteindre directement mon cœur, sans aucun filtre ni aucune barrière. Une réalité lumineuse m’apparaissait, évidente, les contours des choses et des êtres me paraissaient plus précis, plus vivants. Les formes adoucies par l’obscurité naissante rayonnaient et enrobaient mon cœur de douceur et de réconfort, le faisant vibrer d’une sensation inconnue.
Un voile s’était levé. Le voile que j’avais depuis si longtemps jeté sur mon cœur et mes yeux s’ouvrait enfin, me laissant entrevoir un monde nouveau. Un monde où le vrai regard se fait intérieur. Un monde où c’est le cœur qui adoucit les angles et donne ses couleurs à la vie.
Malvoyante, j’avais pu m’en accommoder, mais « malvivante », je crois que je ne l’aurais pas supporté plus longtemps.

« Le rideau se lève » par Katouch

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un commentaire le “Quand le voile se lève”

  1. Pierre B. dit :

    Une expérience que j’ai faite aussi de manière plus brutale à l’âge de 6 ans en rentrant à l’école, n’ayant vécu jusque-là dans un environnement surprotégé. Il est curieux de constater que notre organisme nous protège… à notre corps défendant. Mais pour protéger quoi ? Peut-être notre faculté de réception aux bonnes réponses lorsqu’elles se présenteront à nous. Merci pour ce témoignage sincère et venant du cœur.

    Réponse

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