Comme au premier jour

22 mai 2019

Témoignages

– Pierre Boquié –

Sans le savoir, nous nous sommes mis la pression le jour où nous avons inventé les horloges. Le temps n’est pas si linéaire que cela. Pensez simplement à la différence entre vos moments d’ennui et vos moments d’exaltation. Et que dire de son étirement bizarre, lorsque vous êtes dans l’attente d’un événement que vous ne voulez rater sous aucun prétexte ?

Dimanche 12 mai, Prem Rawat donnait une conférence à Miami. Elle devait être retransmise en direct sur TimelessToday vers vingt-trois heures, décalage horaire oblige. La technologie s’affranchit du temps et des distances, mais pas notre horloge biologique. Il a fallu m’organiser. Ce jour-là, le vent soufflait en rafales dehors, m’incitant à rester sagement à la maison. Je mis à profit ces heures d’attente pour me préparer. Je cherche un mot adéquat pour parler de cette préparation si particulière qui consiste à être présent à soi-même.
Je me couchais de bonne heure et programmais le réveil de mon portable qui, sans me prévenir, décida de se mettre en mode « ne pas déranger » ! C’est aussi ça la technologie. Heureusement que mon horloge interne, elle, savait que je ne pouvais pas rater l’événement. TimelessToday a aussi la bonne idée de nous envoyer des alertes dix minutes avant le début d’une retransmission.
J’étais donc complètement éveillé lorsque je me connectais pour me fondre dans le brouhaha des spectateurs du Miami-Dade County Auditorium, installé confortablement, un casque vissé sur les oreilles. J’étais aux premières loges !
À l’heure précise, la retransmission commençait. Les horloges ont cela de bon, qu’elles mettent tout le monde d’accord lorsqu’il s’agit de se donner rendez-vous.
Ce fut un grand moment. Prem était dans une forme éblouissante et, comme à chaque fois, l’écouter le plus attentivement possible a eu ce pouvoir bénéfique de venir éclairer les zones d’ombre de ma vie. Comment fait-il ? Mystère. Sommes-nous si différents, comme nous nous tuons à le dire… et malheureusement à le faire ? Pas tant que cela, il semblerait, lorsqu’il s’agit de se rappeler l’essentiel. Et je ne connais personne qui sache, comme lui, faire bien plus que nous le rappeler : nous y plonger !
Cette fois encore, il m’a démontré le pouvoir de l’instant présent, ou plus exactement de la conscience de cet instant. Le pouvoir d’y coller au plus près, au point d’en être l’émanation, l’incarnation, la spontanéité absolue, fraiche, rafraichissante, jaillissante, bondissante, joyeuse, légère, pétillante et éminemment libératrice ! Ce fut un grand moment. Oui, je me répète, mais les mots me manquent pour décrire quelque chose d’aussi particulier.
« L’acte est vierge, même répété », disait René Char. C’est exactement cela.

Et de me remémorer, en écrivant ces lignes, ma première rencontre avec Prem. C’était il y a bien longtemps, un jour de juillet 1972. J’avais à peine 18 ans, il n’en avait pas encore tout à fait 15. Les dates, comme les horloges, ça impressionne toujours.
En vérité, je ne peux vraiment décrire cette première rencontre, il me faudrait employer des métaphores hasardeuses. Tous mes points de repères volaient en éclats et pourtant en moi quelque chose s’est exclamé : « C’est ça ! » Je rencontrais pour la première fois quelqu’un qui était en phase avec lui-même, fusse-t-il un jeune adolescent. C’était tout sauf anodin.
Cette image est restée gravée dans ma mémoire, indélébile, comme deux ou trois autres moments-clés de mon existence. Et depuis, à chaque fois que j’ai l’occasion d’assister en direct à une de ses conférences, l’acte est vierge, totalement nouveau, inédit même, alors que je ne compte plus le nombre de fois où il s’est répété. « Quand on aime, on ne compte plus », c’est bien connu.

Au dernier décompte officiel sur son site, Prem Rawat aurait donné 4 695 conférences entre 1961 et 2017. Vous voyez bien que ça impressionne les chiffres !
Et malgré ce record impressionnant, Prem arrive encore à nous surprendre. Lors de cette dernière conférence, j’ai souri à ce télescopage spatio-temporel auquel il s’est livré, en faisant observer que, même en l’absence des distractions modernes que constituent tous nos gadgets électroniques, smartphones, tablettes, etc., Bouddha, en son temps, avait éprouvé le besoin de donner ce conseil à ses contemporains : « Ne laissez pas vagabonder votre esprit. » Simple, drôle et efficace. Histoire de remettre les pendules à l’heure !

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