À chacun sa nature

29 avril 2019

Témoignages

Denis Danielfy

Il faisait doux ce matin-là et les quelques gouttes de rosée, qui ne glissaient pas encore de la végétation, reflétaient l’éclat du soleil qui inondait déjà la vallée en contre-bas.
La marguerite, seule à l’écart de ses semblables sur le parterre d’herbe qui formait une cuvette presque horizontale à flanc de montagne, se tendait de plus en plus vers les rayons chauffants du matin.
Elle offrait le meilleur d’elle-même aux pollinisateurs de toute sorte qui dansaient soit dans de frénétiques arabesques tels les papillons, soit d’une façon précise et expérimentée comme les bourdons et les abeilles qui se posaient d’autorité sur les pétales pour mieux butiner les étamines…
Au fond de la vallée s’entendait un tout petit bourdonnement, lancinant et qui se fondait parfois dans les bruits de la bise. Le bruit tournoyait un peu, puis se précisait de plus en plus.
Au bout d’une demi-heure, pas de doute, un ronronnement de diesel se faisait plus précis ; une machine approchait.
La fleur tanguait légèrement au vent et recevait encore à un rythme confus, tant elle avait à donner !
Dans leur balai, les insectes ne se souciaient pas encore du tracteur qui arrivait droit sur eux : apparemment la marguerite était sur un ancien chemin de montagne.
Le bruit se faisait de plus en plus menaçant, le monstre rouge et noir de plus en plus gros, et c’est dans une fureur de tonnerre que le tracteur passa sur la marguerite…

Roger Buisson, ingénieur chez Michelin depuis 15 ans, prenait un café bien mérité, en cette fin de matinée de juin 78, après avoir terminé son étude. En effet, il avait conçu un type de pneus arrière de tracteurs – tenant compte du poids de la machine, de la ou des charges tractées, et de la taille des crampons pour assurer la motricité dans tout type de terrain. Nul ne sait pourquoi il avait décidé une semaine auparavant, que les crampons seraient certes placés en épis, mais espacés de 12 cm plutôt que 10, comme souvent pour ce type de roues…

Le bruit s’éloigne et le Mc Cormick poursuit son but inconnu au loin, laissant deux sillons dans l’herbe mi-haute. Le silence s’impose doucement et le vent est tombé, alors que le soleil darde au zénith…
Un léger bruit de paille se fait entendre dans l’herbe couchée et, à la faveur de plantes grasses et plus dure, quelques brins d’herbe se relèvent doucement.
La marguerite protégée par d’autres herbes et étant passée de justesse entre deux crampons (nul ne sait pourquoi) tente de se redresser, un pétale encore emmêlé dans la broussaille. L’ensemble des herbes les plus fortes remontent d’une manière anarchique et, dans un petit tremblement, tous les pétales sont libérés.
Puis doucement et presque fièrement la fleur tend à nouveau vers le soleil, en offrant le meilleur d’elle-même comme il y a peu de temps, car telle est sa nature.
Si elle a tremblé à l’arrivé du tracteur, ça ne s’est pas vu. Elle s’est soumise aux événements, a plié, s’est redressée… puis a repris sa vie de marguerite.
Quoiqu’il se soit passé, elle s’offre fièrement ! C’est sa nature.

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