En virée avec Rumi

31 mars 2012

Témoignages

– Mitch Ditkoff –
(traduit de l’américain)

Par un après-midi glacial de février,
A 23 miles de chez moi, au volant
D’une voiture que je loue depuis trois mois,
Sous un ciel virant
A la couleur des dents d’un vieillard,
J’écoute Rumi, disparu il y a 800 ans,
Célébrant tout ce qui respire,
Et mon cœur s’emballe avec lui,
Traversant des villes anonymes
Où tout le monde s’enivre et s’amuse.
Partout clignotent des lumières,
Spécialement derrière moi.
Pas blanches comme les étincelles
Dans les yeux de Rumi, non.
Plutôt rouges,
Le genre qui signifient de s’arrêter
Et, « oups ! »,
Peut-être devrais-je ralentir et me ranger sur le bas-côté.

Rumi, dans le chargeur 5 CD,
Reste impassible,
Son monologue d’amour est parfaitement sensé,
Pendant que moi,
Calme, innocent et centré,
Je vois s’approcher un homme de loi de haute stature
Et que je cherche mon permis de conduire,
Pas le permis poétique que je préfère,
Mais l’autre, celui dont on ne montre même pas la photo à sa mère.
Pendant que l’homme en uniforme,
Devant ma portière,
M’invite doucement à baisser ma vitre
Et m’annonce,
A la manière d’un expert-comptable
Qui préférerait être chez lui à déjeuner avec sa femme,
Que j’ai dépassé de 20 miles
La limite autorisée,
Rumi persévère
Sous un ancien clair de lune persan.

Il avait un regard plein de bonté,
Mon tout nouveau compagnon dans son bel uniforme,
Un regard et un sourire qui raconte de longs hivers
A surveiller les routes pour les gens comme moi
Qui n’ont pas dû voir, un kilomètre plus tôt,
Ce vieux panneau usé,
A demi caché par le vieux saule pleureur
Et les derniers rayons du soleil couchant
Qui se frayent un chemin sur la plus haute colline de la ville,
Celle où tous les gosses,
Les yeux rougis par le froid,
Viennent faire de la luge.
Des gosses qui, à ma connaissance,
N’ont jamais entendu parler de Rumi,
De l’officier de police,
Ni de moi.

(Ce poème, en tous les cas, m’aura coûté 150 dollars…)

Retrouvez Mitch Ditkoff sur son blog en anglais

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un commentaire le “En virée avec Rumi”

  1. Roger B. dit :

    Joli billet d’humour et d’amour : la rencontre du divin et du trivial est parfois cocasse. Merci

    Réponse

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