Tribu

6 septembre 2013

Chroniques

– Le penseur amoureux –

ApollonQuelques jours ont passé depuis qu’un matin en déjeunant, je suivais avec attention l’interview d’un leader d’une des « tribus » les plus étonnantes de notre époque : les Wikipédiens. Disséminés sur toute la planète – avec néanmoins une plus grande concentration de population masculine, blanche, occidentale et urbaine (dixit l’interviewé) – ce sont les quelques dizaines de milliers d’individus qui bâtissent depuis 2001 l’un des plus ambitieux projets communautaires du net : l’encyclopédie Wikipédia.
Au-delà du réel intérêt que constituait ce témoignage rare, le duel à fleurets mouchetés qui opposa l’invité et son intervieweuse me tint en haleine jusqu’au bout.
La journaliste à la manœuvre avait eu à souffrir personnellement du goût prononcé pour la fameuse « neutralité de point de vue » chère à Wikipédia. Elle se plaignait ouvertement du contenu de la page qui lui était consacrée et des difficultés rencontrées pour en faire modifier certains passages. Elle ne cachait pas son agacement et, un instant, je m’imaginais moi-même au prise avec ce mastodonte tentaculaire qui chercherait à m’imposer « sa » vérité sur « mon » histoire.
Manifestement rompu à l’exercice, le représentant de Wikipédia réfutait patiemment un à un les arguments de son interlocutrice, qui cherchait alors vainement un nouvel angle d’attaque. Il avait réponse à tout. J’étais troublé.
Et puis il fit cette étonnante déclaration : « Les Wikipédiens n’ont pas d’opinion. »
Soudain, je me sentis libéré. La brèche était étroite, mais elle était là. Les Wikipédiens m’apparaissaient enfin comme des êtres humains faillibles, idéalistes, presque naïfs.
Un temps anesthésié par un discours bien rodé, je retrouvais ma capacité d’analyse. N’était-ce pas ce même spécialiste qui quelques minutes plutôt concédait que la « communauté » n’était pas représentative de l’ensemble de la population ?
Je me remémorais aussi que tous les articles de l’encyclopédie collaborative ne m’apparaissaient pas de la même qualité, notamment parmi ceux traitant de sujets que je connaissais bien.
Il me revint enfin en mémoire une phrase lue au détour d’une « discussion » (lieu d’échange entre rédacteurs d’un article) : « [Il faut] réaliser les limites de la « vérité » sur Wikipédia. Beaucoup de biographies y sont grossières parce que l’usage qui est fait de certaines sources ne permet que de tracer un historique à la hache. Pourtant, il n’y a pas d’autres solutions et les nuances […] sont généralement impossibles. »
La facilité apparente d’Internet est trompeuse. Elle nous donne l’illusion d’avoir à portée de main une source illimitée de connaissances. Cependant, plus encore qu’ailleurs, nous devons rester prudent : l’information doit être triée, analysée, vérifiée, hiérarchisée… au risque sinon de devenir les otages d’une pensée qui ne serait pas la nôtre.

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un commentaire le “Tribu”

  1. Chosson Pierre dit :

    Réflexion intéressante qui me rappelle l’importance de juger par soi-même

    Réponse

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