Cette étrange fascination pour les gros calculateurs

11 février 2019

Chroniques

Le penseur amoureux

L’intelligence artificielle est à la mode. Certains nous la présente comme la révolution qui va faire entrer l’humanité dans une nouvelle ère.
J’ai lu Homo Deus et si j’ai été saisi par un moment d’effroi ce n’est pas tant à cause du monde orwellien que nous prédit Yuval Noah Harari, que par le fait que sa pensée elle-même semble déjà avoir été partiellement contaminée par une pensée mécaniste qui l’amène à réduire l’être humain à une sorte de super robot guidé par des algorithmes élaborés au sein de son cerveau. D’où cette conclusion, en apparence logique, d’un risque potentiel qu’un jour les robots nous supplantent, lorsqu’ils possèderont des algorithmes plus puissants que les nôtres. L’intelligence semble ramenée à une simple affaire de puissance de calcul.
Lors d’une interview sur France Culture le sociologue Antonio Casilli m’a fait découvrir une autre réalité qui se cache derrière la prétendue intelligence artificielle qui, pour le coup, se révèle beaucoup moins artificielle que cela. Celle d’une armée de travailleurs pauvres qui, dans des fermes à clics, sont chargés d’alimenter en permanence en informations les algorithmes des Big datas (ancienne appellation moins séduisante de l’IA). A tous les bouts de la chaîne on trouve toujours des humains.
En réalité, ce concept d’intelligence artificielle nous abuse d’abord sur la définition même d’intelligence. « Est intelligent, un être vivant qui arrive à résoudre tous les problèmes qu’il rencontre au cours de sa vie et le ferait mourir s’il ne les résolvaient pas », nous dit l’éthologue Frans de Waal qui, dans une autre excellente émission, donnait de nombreux exemples des différentes formes d’intelligences présentes dans le règne animal. On sait par ailleurs que le monde végétal lui aussi recèle une forme d’intelligence dont on commence seulement à peine à mesurer l’étendue. Chaque forme d’intelligence est adaptée à une forme de vie. A laquelle s’adapterait celle des robots ? A la nôtre, par le simple fait qu’on leur aurait injecté des quantités d’informations nous concernant ?
Aucun enjeu de vie ou de mort chez les robots, donc aucun intérêt à développer une quelconque intelligence de survie et de vouloir supplanter leurs créateurs.
En revanche, le danger que nous nous rendions esclaves volontairement de machines dans lesquelles nous mettons un tel espoir libérateur, semble déjà nous menacer. Ne serions-nous pas une fois de plus victime, sous une forme nouvelle, de notre propension à l’accumulation ? Ne réduisons pas l’intelligence à la seule capacité de déductions logiques, fussent-elles accélérées, démultipliées à l’infini.
L’intelligence n’a de sens que si elle est conscience, discernement, réflexion au service d’un organisme vivant sensible avec lequel elle interagit en permanence. L’intuition, le ressenti, l’instinct, l’inspiration en sont des ingrédients tout aussi importants que le simple raisonnement. Et ça, il n’y a que nous pour le comprendre, pas une machine qui n’a ni vie ni conscience d’exister.

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